Dans les forêts de Sibérie

Avril. Journée au chaud, dedans,sans complexe. Lire Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson et somnoler. Je note une citation de Walt Whitman « Je n’ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m’y opposer ». Et cette phrase rassurante de Sylvain « On dispose de tout ce qu’il faut lorsque l’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder ». Il nous donne aussi la liste des raisons pour lesquelles il s’isole dans une cabane au bord du Baïkal. Curieusement, elle est proche de celle que j’aurais pu énumérer.
– J’étais trop bavard
– Je voulais du silence
– Trop de courrier en retard et trop de gens à voir
– J’étais jaloux de Robinson (pas moi)
– C’est mieux chauffé que chez moi, à Paris (pareil pour Montréal)
– Par lassitude d’avoir à faire les courses
– Pour pouvoir hurler et vivre nu
– Par détestation du téléphone et du bruit des moteurs

Par ce printemps feignasse (23 avril), dans le parc Préfontaine, je survole la région du Baïkal. Ça parle de Nature, de solitude et ça fait du bien. Assissent, à côté de moi, dans l’herbe jaune, deux jeunes femmes devisent, « Pis ça sert à rien de faire un doctorat » dit l’une avec un accent Québécois jouissif comme un os de jambon qui aurait de la viande autour.
« … l’immense silence qui n’est pas l’absence de bruit mais la disparition de tout interlocuteur »

Qu’elle serait votre liste de raisons pour partir seul dans une cabane?
Qu’elle serait votre liste des livres à embarquer pour 6 mois d’hiver?

Dans le froid Québécois, je ne suis plus en voyage. Je me demande parfois « Keskquej’faislá ». J’ai le sentiment banal d’être bancal, de laisser filer ma vie comme le sang d’une artère fémorale ou l’eau sale du canal. La ville est complètement déconnecté de la nature. Sans aucun lien avec la Terre. J’ai juste envie de m’enfuir … loin … sous un arbre … devant un paysage sans routes ni maison, loin des hommes fermés, robotisés, aliénés, esclaves. Trouver sur cette Terre les derniers oasis, les campagnes les moins peuplées, les vallées où respirer, loin du bruit, de toutes les religions, celles des faux dieux ou de l’argent virtuel, loin d’internet, et d’un monde pressé de s’autodétruire en pleine conscience.

Plus tard, (le 02 juin) je savoure enfin quelques journées de « canicule », je marche avec bonheur de Saint Denis à la rue Masson où nous habitons en passant par Rachel, Mont Royal, Maisonneuve et le parc Olympique. Mais surtout, surtout, on a posé notre sac-à-dos. Je me remets à écrire avec une jouissance que j’avais oublié. Je m’entoure de livres, d’odeur de bibliothèque et de mots qui se courent les uns après les autres. Profite, savoure, le plaisir d’écrire est plus fort que les bruits constants, les gaz polluants et la chaleur humide.

Je laisse Sylvain à ses prochaines aventures, je laisse pour l’instant de côté l’idée de mes prochains voyages et je termine par un conseil de Ray Bradbury dans Le zen dans l’art de l’écriture:
« inventez un personnage, pareil à vous, qui mettra tout son cœur à vouloir quelque chose, ou à ne pas le vouloir. Donnez lui une feuille de route avec quelques instructions. Jetez le dehors. Ensuite suivez le du plus vite que vous pouvez. Emporté par la haine ou l’amour le personnage vous conduira à toute vitesse jusqu’à la fin de l’histoire »

Ou la réflexion de Christopher Vogler dans Le guide du scénariste.

En tant qu’écrivains, nous partageons le pouvoir divin des chamans. Nous ne voyageons pas seulement dans les autres mondes, mais nous les créons à travers l’espace-temps. Quand nous écrivons, nous voyageons vraiment dans ces mondes à travers notre imagination. Quiconque a sérieusement essayé d’écrire sait que c’est ce qui implique que nous avons besoin de solitude et de concentration. Nous voyageons en fait dans d’autres époques, en d’autres lieux comme des chamans avec le pouvoir magique de mettre en bouteilles ces mondes et les rapporter sous forme d’histoires à partager avec les autres. Nos histoires ont le pouvoir de guérir, de renouveler le monde et faire mieux comprendre nos propres vies.
Christopher Vogler.

Une réflexion au sujet de « Dans les forêts de Sibérie »

  1. Vincent

    Coucou.
    J’ai beaucoup aimé ce livre.Comment des moments ,qui peuvent par être compliqué au commun des mortels, devien simple pour Sylvain Tesson.Et cette solitude qui nous rappelle souvent de quoi on est capable.

    Répondre

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