Sur les chemins noirs

Le programme de Sylvain Tesson est simple. Pour se rapprocher de soi et de la liberté, il faut sortir de l’autoroute et marcher sur des chemins noirs. Efficace. L’important c’est le sentier, c’est se saouler de nature, faire une cure de solitude, un jeun de société. Se sevrer d’informations polluantes et d’ondes malodorantes. Pas de journaux, pas de wi-fi. Mot d’ordre, organiser le repli. Moi, j’aime bien celui de « sauve qui peut! »

« Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence »

Le monde peut brûler, j’ai juste envie de marcher. Respecter, non plus des rêves, des idées, mais un élan, une pulsion qui me ferra dire « je suis là où je dois être et tout est parfait »

Pourtant la campagne française décrite dans le livre, ne m’est pas attirante, ou peut-être semble elle moins colorée ou exotique à vivre qu’une soirée avec des touaregs du Tanezrouft, ou de partager un dal bhat dans une cabane délabrée du Langtang. Les chemins noirs semblent contaminés. Seule la solitude est enviable. Objectif de l’auteur : chercher les friches et les jachères, mais je trouve astreignant de zigzaguer entre les pancartes « propriété privé » et les « défense d’entrer ». Obligé de rebrousser chemin devant des clôtures électrifiées ou des portails fermés.

Sur les chemins des Pyrénées, j’ai dû contourner parfois des troupeaux gardés par des chiens imbéciles ou supporter de me brûler le dessous des pieds sur des routes goudronnées. Le but n’était pas seulement de se perdre, mais plutôt de mettre avec l’actualité le plus de distance possible. Sortir du monde. La gestion du trajet simplifiée, (il me suffisais de suivre les traces blanches et rouges), l’intendance réduite à trouver un morceau de pain, du fromage ou de l’eau pour la journée et une place à peu près horizontale (on parle ici de sentier de montagne) pour la nuit … rendait l’aventure facile presque banale. Et puis je sortais revigoré après une vulgaire opération de la vésicule biliaire et non pas fracassé comme Sylvain qui s’était casser la gueule d’un toit ou il faisait le pitre.

J‘avais apprécié l’insouciance ou la désinvolture du voyage en side-car dans le livre Bérézina. Est-ce que les vapeurs de vodka, les gaz d’échappement de son Oural, ou le vent d’hiver qui ressemble aux râles de fantôme des grognards de Napoléon ont inspirés Sylvain Tesson? Il y a un sentiment d’amertume sur les chemins noirs, comme si d’avoir pris 10 ans en tombant de 10 mètres, l’aventurier voyageur s’était un peu assagi. Ou peut-être qu’avec le régime à l’eau, levant un voile, l’auteur y gagnait en lucidité mais perdait un peu de légèreté. L’important étant de faire ce que l’on ressent de faire, d’être là où on ne nous attends pas.

Après les ZAC et les ZUP arrivent les ZRR : Zone de revitalisation rurale

« Pour le sénateur, il faut créer une « obligation de traiter de l’hyper-ruralité » dans toutes les lois ainsi qu’un « pôle national d’expertise » et « un guichet unique hyper-ruralité » piloté par l’état, qui appuie les initiatives locales en termes d’ingénierie, de conseil, d’adaptation à la réglementation. Alain Bertrand évoque également une « démétropolisation » qui fasse le pendant à la troisième vague de décentralisation. »

Article du journal La Croix – Laurent Dupuis. Le 07/04/2015

Merci messieurs les sénateurs, j’ai bien compris vos intentions vaseuses et vos motivations de la même odeur. Drôme Ariège Aveyron Corrèze Dordogne, grâce à vous, résonnent à nouveau du parfum de l’aventure et de l’exotisme. Une chance que personne ne vous écoute. Plus besoin de se pencher sur les pages de l’Atlas ouvert sur le tapis du salon et de rêver en posant un doigt sur Kashkar, Gao, Trois Pistoles ou Alquézar. Plus besoin d’imaginer les nuits chaude de Cloncurry, les réveils humide à Lovina beach. Plus besoin de chercher Gros Morne, ou l’entrée du Cederberg. Bref ! les chemins de Solaure ou ceux du plateau de Bielle redeviennent excitants et inspirants. Il reste encore en France des endroits où se cacher. Tant mieux!

Pyrénées Espagnoles GR11

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