GR10

GR10De retour, après de si belles journées de liberté et pour seule lecture, celle de guide de randonnée. Un mois et demi pour traverser les Pyrénées d’Ouest en Est. Soleil levant dans la figure, de Hendaye à Banyuls. De l’océan à la Méditerranée. 48 jours dans la nature, 44 jours de marche en suivant les fameuses marques blanches et rouges. De vallées en crêtes, de plateaux en villages, de refuges en bivouacs. Alors, raconte le chemin sur le GR10. Ben! J’ai juste envie de parler de gratitude.

Comment ça ? … de gratitude. Pas d’histoires de jolie bergère ou d’orages pervers, pas de mort au dessus de Gourette ou de pèlerins Coréens, pas de chute dans la boue, de chaussures trempées. Et les isards sous le Canigou, ou le feu de cheminée à la cabane d’Adrecht ? Bien sûr qu’il y a eu la bergère d’Olhette et les méchants grêlons sur Bassiès. Il y a eu la pluie, la fatigue, le chaud, le froid, la faim le plaisir, la lumière et le vent.

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Mais plus important, étonnamment, c’est l’énergie de la gratitude qui m’a nourri, qui m’a rempli. Je ne savais pas encore que cette énergie était si puissante. Je peux même dire que cette randonnée fut plutôt facile. (On oubliera vite la torture sur les genoux, brûlés, pendant la descente sur Saint Élie (et sur presque toutes les descentes) ou encore le brouillard et les herbes dégoulinantes de pluie au col de Sasc.)

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La gratitude, quand je suis seul dans une forêt sombre ou baigné de lumière au passage d’un col, c’est de dire merci en le criant bien fort à chaque fois que je croise les marques du GR10. Ou de le dire dans ma tête quand je marche avec d’autres et ne pas passer pour un cinglé. Quand je dis merci à voix haute, c’est comme si tout était plus facile, plus léger. Et chaque matin en reprenant le chemin, je remercie aussi Bruno pour les chaussures, Manouche pour la polaire, Christine pour les bâtons et la frontale. Dire merci… MERCI à ce qui EST… c’est le plus important.

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De toute façon, à part de mettre un pied l’un devant l’autre ou de régler mon souffle en fonction du dénivelé, c’est la seule chose possible sur un sentier de montagne. Dés que mon esprit sort du chemin, par exemple, si en marchant je pense à la fin de l’étape et je me demande si je bois une bière en arrivant ou si je prend ma douche avant ou si je prend ma douche en buvant une bière….!, bref, aussitôt je glisse ou je me tord une cheville. Alors je n’ai pensé à rien pendant un mois et demi. De vraies vacances. Mieux qu’un cours de méditation intensive. Marcher, c’est ÊTRE au présent.

Photo Gérard Soulié

Marcher, longtemps , seul, avec un sac minimaliste, c’est aussi frôler du doigt la Liberté. On retrouve ça dans un passage de mon article sur Jean Béliveau (L’homme qui marche) « …qu’allons nous manger, où allons nous dormir? Je réponds en riant : Qu’importe? Chez un habitant, sous un pont… Nous sommes libres, Thomas-Éric. Regarde: c’est ça, la liberté. Celle dont tout le monde parle, je suis en train de la vivre… Et moi son père, qui n’ai rien à léguer ni à transmettre, je suis heureux de pouvoir partager avec lui cette expérience unique, celle d’une vie ouverte aux autres et ancrée dans le présent, sans planification… Il sait désormais qu’il existe d’autres chemins possibles. »

http://livre-et-liberte.com/2016/04/lun-marche-lautre-court-deuxieme-partie/#more-11655

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Être libre, se désintéresser de l’ego, être responsable de ses choix, être le maître de sa vie, s’aimer et pardonner pour retrouver la paix et puis partir marcher. Marcher dans la nature avec l’énergie du soleil, de la terre et des êtres vivants rencontrés sur le chemin. C’est ce que j’avais trouvé dans le livre de Sonia Choquette et que j’ai trouvé en traversant les Pyrénées. J’ai découvert aussi le plaisir qu’il y a de s’écouter, et de passer au dessus de ce que les autres pourraient penser de moi. J’ai parfois terminé l’étape, quand elle finissait sur le goudron d’une départementale, en voiture. Et je n’ai pas fait l’étape de Saint Étienne de Baigorry à Saint Jean Pied de Port. Ces choix là on été terriblement importants. Pour la première fois de ma vie, je brisais un vieux comportement, une inflexibilité chronique, un manque total d’écoute de mon corps et de mes besoins. Une attirance inconsciente à la souffrance. Les journées qui s’annonçaient comme les plus difficiles furent les plus belles.

Photo Gérard Soulié

J’ai appris très tôt que je préférais mourir plutôt que de vivre pour l’approbation de quelqu’un d’autre… Personne ne se soucie de moi; alors, pourquoi me soucierais-je de ce que les autres peuvent penser? Je suis un bon gars. Je me connais et je m’aime bien. J’aime la vie, et si j’attends que l’on m’approuve, je renonce à une partie de ma vie. Et je n’ai pas l’intention de renoncer à quoi que ce soit, jamais. Ma vie m’appartient. Propos de Colum (pèlerin Irlandais) dans le livre de Sonia Choquette

http://livre-et-liberte.com/2016/04/revenir-a-soi/#more-11670

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Pour marcher, seul, longtemps, avec un sac minimaliste, il faut enlever la pression, oublier la performance, effacer de l’esprit le but du voyage, ne pas penser à l’arrivée qui est tellement loin à l’horizon. Je n’ai pas fait 830 kilomètres, j’ai fait 15 ou 20 kilomètres un jour puis pareil le suivant, et le suivant encore. Alors ça devient facile presque banal. Ne pas penser à demain. Être beaucoup au présent, et juste un peu dans l’organisation de la journée. Chloé le raconte très bien dans son livre : Porte ta peine, lève ton cœur et marche. Je crois que c’est le fait de ne pas mettre la pression qui m’a permis d’avancer. Je crois en l’instant présent. Au CARPE DIEM. Le bonheur n’est pas quelque chose de stable qui s’installe pour toujours dans nos vies et ne s’en va plus. C’est une chose insaisissable qui va et vient, un peu comme des vagues et quand il est là je le savoure.

http://livre-et-liberte.com/2016/02/limportant-cest-le-chemin/#more-11633

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10 novembre 2016. Ce matin, à Toulouse, dans une cuisine hors du temps, je repense à ma traversée. Je marche, seul, sur un sentier très raide dans la forêt. Le pas du montagnard, très lent, un peu lourd. Il fait nuit noire, le faisceau de ma frontale n’éclaire que mes pieds. Je monte lentement et je pourrai monter ainsi pendant des heures, des journées. Je suis bien, je ne pense à rien, je ne veux rien, je suis… Et c’est déjà bien assez.

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L’important c’est le chemin.

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Col du Rousset, Vercors Octobre 2016
(Photo Christine Jouve)

4 réflexions au sujet de « GR10 »

    1. patrick2014 Auteur de l’article

      Merci à toi Denis
      Le voyage continue pour nous, Tours, Grenoble,Toulouse, Mulhouse, Edimbourg ….
      Paris un peu plus tard, au plaisir de se croiser.
      Bises à toi et autour de toi

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