L’un marche, l’autre court (deuxième partie)

20160401_155438Le livre du marcheur Jean Béliveau m’a touché bien plus que je ne l’aurais cru. Haruki Murakami, l’écrivain de Autoportrait de l’auteur en coureur de fond m’insuffle un peu de sa détermination et me donne moi aussi l’envie de sortir, tôt le matin, partir marcher au minimum une heure ou deux suivant ma journée. J’ai beaucoup de plaisir à marcher (en ce moment je n’ai pas tellement de choix, que de suivre la route, car les chemins dans le parc de la Gatineau sont encore plein de neige mouillée et de boues collantes) et je sais que pour rester en forme… ben! ça demande un effort. Comme je l’ai déjà dit, courir m’est pour l’instant impossible. Trop douloureux. Une douleur effrayante qui pourtant s’envole dés que je reprends le rythme de la marche. Bref je ne suis pas un coureur de fond.

Je me sens proche de Jean. Bien sur son livre raconte un projet fou : un départ un matin d’août 2000 à pieds de Montréal et un retour onze ans plus tard en octobre 2011 après un tour du monde, toujours en marchant, soit 75 543 km, 64 pays parcourus et 54 paires de chaussures usées. Mais si j’admire l’homme je ne suis pas prêt ni attiré pour entreprendre un tel défi. Par contre il y a trois points qui m’ont profondément ému dans cette aventure. Tout d’abord c’est la détermination de Jean pour vivre son rêve malgré les peurs et les doutes. Ensuite c’est l’Amour de Luce, sa conjointe, qui va laisser toute la place pour permettre au rêveur de se réaliser. Et puis c’est la beauté des rencontres humaines et aussi le regard lucide de Jean sur le fonctionnement du monde d’aujourd’hui.

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Le rêve.

Fin 1999 quelque chose se brise et pour Jean le choix est simple: la mort ou la fuite. Il a besoin que ce soit quelque chose de fou, d’extrême. En courant sur les bord du Saint Laurent une idée lui traverse l’esprit : Jusqu’où pourrais-je aller si je continuais? Jusqu’au USA, au Mexique… et après? Combien de temps faudrait-il à un être humain pour faire le tour du monde en courant?… Ma dépression s’est envolée à l’instant précis où cette idée, aussi insensée soit-elle, s’est emparée de moi.

L’Amour.

Quatre semaines avant son départ, Jean l’annonce à Luce. Elle lui avait dit un jour : « Quand tu as un rêve très important, il faut le garder pour toi afin d’éviter qu’il ne s’effrite. » Luce encaisse la nouvelle puis lui dit :  « OK. On essaie. Tu dois le faire pour la paix. » C’est fou l’Amour que ça prend pour accompagner, de loin, celui qu’on aime. Permettre à l’autre de vivre son rêve est une preuve d’Amour magnifique. Et ça c’est particulièrement émouvant.

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Les rencontres.

Dans les collines verdoyantes de l’Uruguay, au jeune qui sort de prison. Jean dit :  « Un jour, tu devras regarder la vie en face. Tu n’auras pas le choix… » Je le prends pour moi, et pour le projet que j’ai dans la tête. Toutes ces rencontres, sur les 5 continents, sont comme des graines semées et partagées. C’est comme ça que je nous voient évoluer. Quelqu’un ou quelque chose nous offre une graine, (et parfois cette graine se transmet inconsciemment). Elle est en nous prête à germer. Un jour, ou pas, elle va éclore et alors ce sera à nous de l’arroser, d’en prendre soin, de la faire grandir. Nous pouvons être, un peu, humblement, l’exemple de nos valeurs importantes et belles et qui vont rendre le monde un peu plus beau.

En conclusion, et parce que c’est ce que j’ai envie de partager dans mon blogue, il y a la Liberté. À la fin de la sixième année de marche, Jean va retrouver son fils à Glasgow. Ils vont marcher ensemble quelques jours. Thomas-Éric se pose des questions : « …qu’allons nous manger, où allons nous dormir? Je réponds en riant : Qu’importe? Chez un habitant, sous un pont… Nous sommes libres, Thomas-Éric. Regarde: c’est ça, la liberté. Celle dont tout le monde parle, je suis en train de la vivre… Et moi son père, qui n’ai rien à léguer ni à transmettre, je suis heureux de pouvoir partager avec lui cette expérience unique, celle d’une vie ouverte aux autres et ancrée dans le présent, sans planification… Il sait désormais qu’il existe d’autres chemins possibles. »
Voilà une des graines dont je parlais plus haut.

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J’aurai aimé rencontrer Jean sur le chemin. Si l’on était, en famille, en Tunisie en 2000 ou en Australie en 2002 (J’ai pourtant bien regardé, le nez collé à la fenêtre salie de poussière rouge du bus qui nous emmenait depuis le Queensland jusqu’à Darwin, si je ne voyais pas les traces de ces pas et de son chariot), quand nous sommes arrivés en 2004 dans les Cantons de l’Est à Magog, Jean était alors au milieu de l’Afrique. Alors… alors… au plaisir de le rencontrer bientôt en Estrie.

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Merci Luce et Jean pour ce que vous êtes et ce que vous m’avez apporté. J’ai réservé à la bibliothèque de Hull le dernier livre de Jean, Penser sa vie en marchant. J’ai hâte de le lire.

PS : Oups!!!! J’allais oublier ce que j’avais promis la dernière fois. Il y a 2 semaines j’avais du mal à descendre les escaliers et même à lacer mes souliers. Les genoux presque bloqués, une douleur permanente au pouce droit (pas facile pour lever son verre de vin). Par expérience et surtout parce que je l’ai vécu dans mon corps (je pourrais vous raconter l’histoire au complet si vous le voulez) j’arrête de manger des aliments cuits ainsi que tous les laitages (lait, crème, fromage, yogourt). Juste des fruits et des crudités. (pas totalement au moment d’écrire ces lignes car j’ai fait une soupe super bonne hier soir) Et je reprends avec plaisir et détermination dix minutes de mouvements cardio, puis des étirements (que certain appelle : yoga) et environ 1 heure et demi de marche par jour . Alors mon corps se transforme (c’est sûr que je perds un peu de poids, ce qui n’est pas terrible dans mon cas) mais j’y gagne en souplesse, en endurance, et en clarté d’esprit. Tout est relié, n’est pas?. Entouka! C’est MA recette et ce n’est que la mienne. C’est mon expérience et elle n’est valable que pour moi seul. Désolé, mais c’est à vous de trouver la votre.

Au delà de me débarrasser de la souffrance et de retrouver la santé, qu’elle est la raison de « ce plan d’action. »? La réponse… dans les semaines qui viennent.

j béliveaut

5 réflexions au sujet de « L’un marche, l’autre court (deuxième partie) »

  1. Emmanuel Poinot

    Un pas après l’autre… c’est exactement ça, en effet (je le crois!)! En marchant, en courant… ou en rêvant! Même en reculant, on avance. Encore une fois, merci, Patrick.

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  2. Chris

    Je commence à lire ‘l’homme qui marche’…. Je suis pas mal sûre que ça va me donner encore plus envie de marcher mais probablement seulement dans la nature et les montagnes, et pourquoi pas une traversée !
    À suivre ! En tout cas, j’admire mon homme et sa détermination à sortir chaque matin par tous les temps pour s’entraîner, se garder en forme…et…se préparer à un nouveau départ ! Bravo Babou 🙂

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  3. Vincent

    Vraiment un superbe voyage,une aventure,un défi ,une cause.
    J’ai beaucoup aimé tout se qu’il écrit sur la cultures ,l’intimité ,de chaque pays ou il passe.
    Un livre simple ,à lire ,qui ouvre les yeux sur les détails du monde.

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