La conjuration des imbéciles (vue par Gaspar LP)

20160421_122522Grandiose  »OVNI » littéraire, inclassable sublimité qu’est ce livre. Subjugué je fus.

Chaque personnage a son rôle du début à la fin, du principal jusqu’à un simple bout de papier froissé, tous aussi inutile ou anodin fussent-ils, ont ou auront une influence particulièrement importante dans l’histoire.

Tout commence devant un petit magasin de la rue Bourbon Street et d’ailleurs c’est là que la roue infernale de dame fortune s’active dans un grincement sardonique. Ô terrible destin venant s’acharner sur ce gros imbécile, combattant solitaire de toute chose et de tous, révolutionnaire incompris de son temps.

Dans son apparence suspecte, avec une casquette de chasse verte aux oreillettes rabattues pour ne pas entendre quelques inepties que ce soit et sa veste en flanelle, il attend innocemment sa chère maman, quand un policier, envieux d’arrêter un individu louche, s’avance et avec lui débute l’infernale et terrible mais ô combien trépidante aventure du très gros et moustachu Ignatius.

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Bien que le début de l’histoire soi un peut floue, à chaque page qui se tourne nous comprenons un peu plus chaque chose qui fut et nous ne pouvons que nous exciter pour la suite. Toutes actions que posent Ignatius engendrent une répercussion sur tout un chacun.

 

À chaque tournant de page un intense sourire se profile sur mes lèvres en découvrant la signification du chapitre précédant et en voyant se profiler le drame du prochain et je ne puis point m’arrêter de lire tant que je n’eus connu ce que tramait un nouveau personnage. À chaque fin de chapitre ( qui sont rare ) l’œil ne peut s’empêcher de dériver sur la page suivante, juste pour voir, et bien sur avant que vous ne puissiez dire comme ça :

– Bon ! je vais arrêter pour déjeuner.

Voilà qu’arrive l’heure du souper.

Enfermer dans sa minuscule chambre, sur son lit aux draps tachés, Ignatius jette des notes dans ses cahiers Big Chief avec de fortes éructations. Sa pauvre mère, sans le sous, essaye de faire sortir son fils de sa piaule pour qu’il travaille. Imbus de sa personne, Ignatius ne pense pas qu’on veuille l’embaucher car on ne comprendrait pas sa vision du monde ni son esprit si développé avec toute sa philosophie. Avec beaucoup de persistance et un peu de chance Mm. Reilly ( mère de Ignatius ) parvint à pousser son fils à l’extérieur de la maison décrépie pour trouver un job.

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Par chance une usine allant très mal avait grand besoin d’effectif et c’est là qu’ Ignatius vient pour une demande d’emploi, ou plutôt s’embauchât-il lui même.

Il y a plusieurs histoires parallèles à celle ci, ou les personnages rencontrent ce gros imbécile sur leur chemin, et un engrenage de complot et de ragot engendre une suite d’infortune et de chaos. ( Et oui même dans la Nouvelle Orléans TOUTES histoires vues ou vécues ou même entendues se voit changée d’auditeur en auditeur. Plus encore les histoires d’ Ignatius qui se redécorent et se transforment à chaque fois qu’il ouvre la bouche. )

Chaque mésaventure, ou presque, se termine pour Ignatius par un resserrement de son anneau pylorique et ne laisse que chaos et débandade derrière lui. La roue infernale ne semble point vouloir s’arrêter.

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Dans ce livre où nous sommes constamment à bout de souffle (pas le film) où toutes les phrases sont étudiées et si bien tournées, où chaque page en inspire une autre et le dégoût et le goût, l’empathie et l’égoïsme, le stupide et l’intelligent, le pervers et le moral … se mélange pour donner une merveille de la littérature. Je vous le donne comme cela : tout ceux qui prétende que ce livre est nul sont des imbéciles.

Riant en lisant ses pages, on ne peut que pleurer intérieurement pour toutes les autres que John Kennedy Toole n’a pas écrites.

Né en 1937, il se suicide en 1969. La conjuration des imbéciles est son unique ouvrage.

John K Toole

2 réflexions au sujet de « La conjuration des imbéciles (vue par Gaspar LP) »

  1. Emmanuel Poinot

    Magnifique compte-rendu, Gaspar!
    J’ai lu ce bouquin à la sortie (enfin la sortie de sa traduction française!) en 1981, l’année où il reçut justement le prix Pullitzer (12 ans après le suicide de J. K. Toole!). J’en garde le souvenir (je ne l’ai jamais relu depuis…) très précis du livre le plus drôle que j’ai jamais lu! Un vrai délire!… dont tu rends parfaitement compte avec tes mots! Mots tellement bien choisis que tu m’as donné, je pense, le goût de le relire un de ces jours!
    Merci à toi! Et bravo encore!

    Amitiés.
    Emmanuel

    (PS J’ai vu, Gaspar, que son 2ème livre – ou plutôt son premier. écrit à 16 ans! – avait depuis été traduit en français. « La bible de néon », je ne sais pas ce que ça vaut, mais par curiosité…

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