L’important c’est le chemin

20160216_102427Salut Chloé. Ton livre m’a touché, m’a ému. Il y a les coups de gueule, les coups de blues. Il y a les pieds qu’on trempe dans l’eau fraîche, Il y a les larmes parce que parfois ça fait mal de se quitter. Il y a l’odeur de la tente qui sent bon et celle des chaussettes qui puent. Il y a toutes ces rencontres qui nourrissent. Il y a quelque chose dans ton livre d’humainement rassurant.

Ton témoignage est profondément sincère, naturel et inspirant. En mai 2011 tu pars du Puy en Velay (en France) pour marcher pendant 9 semaines (1522 kilomètres) et arriver en juillet 2011 à Compostelle (en Espagne).

Tu écris au début de ton livre :

L’important c’est d’écrire.

L’important c’est de marcher.

L’important ce n’est pas Santiago.

L’important c’est le Chemin.

Quelles sont les ressources et les forces que tu es allée chercher pour marcher pendant neuf semaines?

Je crois que c’est le fait de ne pas mettre la pression qui m’a permis d’avancer. De ne jamais me dire « coûte que coûte SANTIAGO je t’aurais!! ». Je me levais le matin et je marchais. Au début bien sûr que c’était dur et éprouvant. Puis j’ai finis par vivre ça, comme si je le vivais depuis des années. Comme un rituel, je sais pas comment dire. Tout est devenu quotidien : l’émerveillement comme les douleurs. Je courais après mes questions, mais une fois que j’ai compris que ça ne servait à rien et « que tout vient à point à qui sait attendre », j’ai vécu ça comme une vie.

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Il y a pas mal de conseils, de trucs et d’astuces pour les futurs marcheurs dans ton livre. Comme le truc des chaussettes sales pour ne pas avoir d’ampoule ou celui d’être sûr de partir avec du fil et une aiguille – IN-DIS-PEN-SA-BLES.

Est-ce qu’il y a d’autres astuces que tu as envie de partager?

Ouais y’en a plein! Ne jamais dire nan, quand on vous offre à boire ou à manger : chaque calorie est bonne à prendre! Avec le recul je me dis que j’ai vécu tout ça aussi profondément parce que j’ai fait ce que je voulais! Haha… ouais c’est carrément ça. «Je marche et j’ai envie de me griller une clope et ben je le fait même si c’est pas bon gnagnagnagna: m’en tape!». Marcher comme une liberté parce qu’on sait qu’elle s’arrêtera.

J’ai souvent marcher seul. Est-ce que tu peux me parler du test du silence? Celui de marcher en silence avec une autre personne?

Ça je le faisais déjà avant avec d’autres personnes, genre en voiture. Tu sais, ces silences pesants et lourds quand t’as plus rien à dire à la personne en face de toi mais le contexte fait que quand même parler ça comblerait bien ce foutu silence, un ange passe, pis deux quatre six huit «hmmm y’aura pô d’hiver c’t’année».

Mais quand le silence est là et que tu le sens, ça ne dérange ni la personne en face de toi, ni toi. On est bien. Ça ne fait pas peur. On accepte le fait qu’on a quelque chose à partager et que cette chose là ne fait pas de bruit.

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J’aime le coup de gueule chez les sœurs Bénédictines et ta franchise pour dire à certain que tu n’es absolument pas « croyante ». En quoi est-ce que tu crois Chloé?

Oulala… euh… c’est très difficile. Je ne crois que ce que je vois. Et j’ai jamais vu de miracle, Jésus ou Marie ne m’ont jamais visitée. Pas plus que Mahomet ou d’autres dieux… Même s’il me déçoit terriblement, (en plus avec l’année de merde qu’on vient de vivre en France), je ne peux m’empêcher de croire en l’Homme. Certains me trouveront candide et/ou naïve, mais tant pis. On peut-être aussi pourri que doux, et malheureusement les TV et les journaux font leurs choux gras de toutes ces horreurs. Il faut en parler bien sûr, nier ces choses terribles n’avance à rien… Mais bon sang parlez nous AUSSI de choses qui changent les Hommes et notre monde en bien, putain. Les infos je les écoute à la radio et ça me suffit amplement. Voir des corps décharnés, des corrompus etc etc très peu pour moi.

Bref, la notion de dieu est très complexe en moi. J’ai travaillé chez des protestants, là je me suis un peu reconnu… me suis dis qu’ils étaient plus ouverts, moins prout-prout et nian-nian que les cathos. Mais quand je suis allée dans leur église assister à une cérémonie… ils m’ont fait fuir! «Et moi ceci et moi cela, et comment j’ai rencontré dieu et comment il s’est occupé de moi MOI MOI MOI». Ça m’a blasée autant que fatiguée! J’adore les églises, les chants religieux de n’importe quelle religion…. voyez comme l’Homme est complexe!

Pour résumer je crois que je crois en l’instant présent. Au CARPE DIEM. Le bonheur n’est pas quelque chose de stable qui s’installe pour toujours dans nos vies et ne s’en va plus. C’est une chose insaisissable qui va et vient, un peu comme des vagues et quand il est là je le savoure. Par exemple un matin, tous les 4 dans le lit, mon amoureux, mes deux filles et moi. Ça, ça ne dure que ½ heure mais putain que c’est bon. Voilà en quoi je crois.

Écoutez du Renaud, il chante tout ça…

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Prendre totalement conscience de son corps en marchant. Extrait Page 84 :

Chacun part avec son fardeau, son histoire, son but à atteindre, ses réponses à trouver. Nous assumons de porter notre peine, de lever nos cœurs et de marcher. Partir pour Saint Jacques c’est montrer à tous, aux yeux de tous que nos vies se bouleversent, qu’on est paumé, qu’on en a marre et que la seule solution qu’on a trouvé c’est de marcher. Partir n’est pas fuir, au contraire, c’est crier au monde qu’on marche parce qu’on avance plus dans nos vies respectives.

J’ai envie de dire que partir est une marche en avant. Comment cette expédition influence ta vie d’aujourd’hui?

Tous les jours, je pense à Saint Jacques, à cette merveilleuse histoire que j’ai choisi de vivre. TOUS LES JOURS. Je suis rentrée de Compostelle et 2 mois après, sur ma peau, étaient gravés des étoiles menant à une coquille. Sur mon mollet gauche, ma jambe «meneuse».

Ce que m’a apporté de concret le Chemin, c’est la relativité. Dans une situation pénible rien ne sert de hurler, de pleurer à vomir, de se perdre dans des méandres de tristesse ou de colère sans fin! Ça sert à rien tout ça. Faut prendre ce qui vient, le gérer comme on peut. Chialer un bon coup, lever la tête et foncer… parce qu’on n’a pas le choix. Qu’on est raté son plat ou perdu quelqu’un… Faut avancer. RE-LA-TI-VI-TE. Chaque fois que quelque chose de déplaisant m’arrive… ça me fait penser à mon portefeuille (pour ceux qu’on pas lu mon bouquin, ben tant pis pour vous faut le lire maintenant!!) … je me dis «OK. Les choses sont ce qu’elles sont… D’abord faire avec, ensuite on avisera. Mettre un pied devant l’autre, simplement».

La deuxième chose: le matériel. Ça casse? Tant pis. C’est troué? On répare. On s’en sert pas? Emmaüs. C’est perdu? On retrouvera ou on rachètera et si ça coûte une blinde, ben fallait faire gaffe. Ouais je sais c’est facile de dire ça pour une paire de chaussettes. Mais si mon ordi rend l’âme ou que ma fille le fait tomber, je l’engueule bien sûr, mais me mettre en furie ne changera pas la situation et surtout un ordi… ça se mange pas….

Comment ton récit est-il devenu un livre? Comment s’est passé le travail d’écriture et de relecture?

C’est lonononong! Sur le Chemin, j’ai écris pratiquement tous les jours, comme beaucoup de pèlerins. Puis je suis rentrée et personne ne m’a parlé de mon voyage. J’écris mon journal depuis que j’ai 10 ans je crois. Alors ça m’a semblé facile de m’y mettre pour retracer mon récit pour mes proches qui voulaient savoir. J’ai mis 3-4ans. Une pause d’un an au milieu, histoire de digérer. Puis j’ai envoyé ça à une maison d’édition alternative pendant ma deuxième grossesse et 9 mois après j’avais un bébé et un bouquin.

L’option «correction orthographe» étant juste EXHORBITANTE. J’ai demandé à beaucoup de proches de s’y mettre. Il y a encore des fautes, mais je ne pouvais pas payer 1000 euros de frais orthographiques…

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Les voyageurs qui partent longtemps savent que revenir peut être … « pas facile ». On ne pense pas toujours à se préparer au retour. Comment l’as-tu vécu après Compostelle?

Très mal. Je me suis sentie terriblement seule. Ma mère ne me posait pas de questions, ça m’a blessée. J’en parlais à Armand mais vraiment, j’avais peur de l’ennuyer.

Le pire c’est quand j’entendais une des chansons de la playlist. Alors là… me souviens d’une chanson des Beatles à la radio. Je me suis mise à chanter et quand la chanson s’est terminée, ben j’ai chialé comme une madeleine.

Alors j’ai écris.

Trois mots qui viennent spontanément et résume ta marche sur le Chemin?

Liberté. Ressources et malheureusement Argent…

As-tu des projets de randonnées ou des projets d’écriture?

Dès que mes filles seront en âge de comprendre un départ, vers 5-6 ans pour ma dernière qui a 3 mois aujourd’hui, je partirai. 10 ans après mon premier pèlerinage à peu près.

Mais avant je rependrai le sport parce que je n’aurai plus 25 ans et j’aurais vécu deux grossesse!

Et pour l’écriture j’ai une idée en tête mais je la dis pas hAHAHaHHHAhahHAhaHa!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Merci beaucoup Chloé.

Ça m’a fait du bien de te lire, de suivre ton voyage et de te recroiser grâce à ton livre. Je te souhaite plein de voyage, le plaisir de marcher encore et celui de te croiser en vrai sur un Chemin.

Beaucoup de gens ont écrit sur le Chemin de Compostelle. Qu’ils soient pèlerins, de l’académie française ou simples marcheurs, qu’ils aient écris de la littérature, des modes d’emploi, des essais érotique ou des guides, s’il n’y avait qu’un livre à lire qui raconte le Chemin, ce serait celui de Chloé.

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http://www.edilivre.com/porte-ta-peine-leve-ton-coeur-et-marche-robi-chlo.html#.Vr5H0vnhDIV

Marcher, c’est retrouver son instinct primitif, sa place et sa vraie position, son équilibre mental et physique. C’est aller avec soi, sans autre recours que ses jambes et sa tête. Sans autre moteur que celui du coeur, celui du moral.”

Jacques Lanzmann

14 réflexions au sujet de « L’important c’est le chemin »

  1. Vincent

    Quand j’ai commencé le livre de Chloé ,j’avais envie de le dévorer gloutonnement ,mais après j’ai pris mon temps et là j’ai senti comme si je faisais le chemin avec Chloé. Son authenticité m’a beaucoup touché .
    Son livre fait partie des livres qui me donne envie de vivre libre en pleine conscience AUTHENTIQUE.
    Merci Chloé pour ce partage .
    Merci Patrick pour cette interview on entend parler Chloé comme elle est.
    ????

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    1. Patrick LP

      Moi aussi je l’ai lu très vite, et le soir j’étais heureux de retrouver Chloé sur le Chemin. J’avais aussi l’impression de marcher avec elle. C’est un livre qui dit qu’il faut vivre ses rêves au lieu de rêver sa vie. Alors action. En marche.

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  2. Chris

    Merci Patrick d’avoir retranscrit l’interview avec Chloé ; c’est frais, c’est vivant, c’est touchant…
    Et ça donne envie de lire et de marcher avec elle …. au travers de son livre !
    Merci Chloé. À bientôt quelque part ou dans un prochain livre 🙂

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    1. Patrick Louche Pelissier

      Merci Chris
      J’ai envie de partir au sens propre, non pas que le sens sens figuré soit sale. Cette année, ma sœur est partie, le père d’un ami, ta mère, une amie d’enfance, le mari de ma voisine…. bref tellement de gens sont partis. Je dis qu’ils sont partis peut être parce que je n’ose pas dire qu’ils sont décédés, qu’ils sont mort et que je ne les reverra plus physiquement. Ou peut être parce que je n’ai pas envie d’avoir mal ???? Alors pour tous ces gens qui partent au sens figuré, je choisi de partir au sens propre avant de partir à jamais. Tendresse et Amour….Patrick LP

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  3. Monique

    Grâce à Danielle qui m’a envoyé le livre de Chloé je l’ai dévoré en deux heures et maintenant je le relis et le savoure à chaque page. Que de fraîcheur et de sensibilité. Authentique et émouvant.
    J’ai envie que tout le monde le lise

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  4. Vincent

    Bonjour Patrick
    Inspiration après ton interview.
    Le chemin c’est aussi, savoir accepter que le présent est impalpable, impermanent, et que chaque action y contribue.
    Le départ contribue à une nouvelle arrivée. Savoir que l’on a aucune contrainte, rien nous empêche d’aller ou de s’arrêter, sans la notion de temps.
    Cette idée de savoir que nous vivons ce que nous sommes, authentique, me rappelle que notre liberté c’est nous.
    Bonne journée

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    1. Patrick LP

      La Liberté c’est nous. Exact.
      Le moment présent est le seul qui te rends vivant. Et pourtant voila ce que j’écrivais en 1989.
      « J’ouvre une autre Bud. Parfois, je vis entre les souvenirs conservés bien au chaud dans un coin perdu de mon cerveau et les histoires du futur que j’invente avant de les vivre. Le présent est une étape transitoire qu’on traîne par obligation. Le présent est le temps de l’attente. J’attends toujours quelque chose sans trop savoir ce que c’est… l’amour… la mort. Ma vie se consume trop vite. Mais l’attente est longue. J’attends l’heure des visites au Federal Correction Institution. J’attends le voilier qui m’emmènera de l’autre côté de l’océan. La vie est une drôle de farce, toujours avec un visa à renouveler, toujours en attente d’une correspondance pour nul part. Que je sois à New-York ou Jogjakarta, la solitude est d’une fidélité déprimante… »

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      1. Vincent

        Je me souviens lorsque tu nous envoyais ce que tu vivais de tes voyages.Toi aussi tu nous a fait voyager. À l’époque déjà tu vivais l’instant et tu nous le partageait.
        Merci?
        ??

        Répondre
  5. Elisa

    Alors moi je n’ai pas lu le livre et j’ai très envie de le lire l’interview plus vos commentaires me donne envie sans plus attendre.
    « Il faut Vivre ces rêves au lieu de rêver sa vie » cette phrase me parle beaucoup Patrick ainsi que la question de notre liberté et du bonheur.

    Nous avons vue en quête de sens l’autre soir nous avons adoré.

    Merci pour ce partage je pense a vous je vous aime.

    Elisa

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    1. Patrick Louche Pelissier

      Hello Ma belle Élisa
      Partir, marcher, voyager c’est aller vers son bonheur.
      Partir ce n’est pas fuir, c’est une marche en avant.
      Marcher c’est aussi la chance de s’intérioriser, d’être à l’écoute de soi. De réaliser que le bonheur est en soi et dans la rencontre avec l’autre.

      Moi aussi j’ai bien aimé le film En quête de sens. Aujourd’hui on a la chance d’avoir les solutions. À nous de poser des actions. Plein de douceurs à toi et autour de toi.

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  6. Damien LP

    J’ai trouvé le livre en passant par Grenoble et je l’ai dévoré. Un beau, drôle et émouvant moment passé avec Chloé, merci à toi pour ce témoignage fort sur ton périple. J’ai eu beaucoup de plaisir à te lire et à te suivre en regardant ton chemin , petit à petit sur la carte! jusqu’à Santiago. Je m’empresse de le faire lire à Marion.
    Merci Pat de ce partage, et merci de te lire aussi, ça m’a fais également plaisir de relire tes notes de voyages de l’époque, c’était toujours un moment important quand tes lettres arrivaient dans la boite. et j’ai hâte de te lire pour la suite de vos aventures!
    lot of love
    Damien

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    1. patrick2014 Auteur de l’article

      Merci pour le commentaire, j’écris aujourd’hui quelques impressions sur le GR10.
      On se reparle tantôt
      Amour et tendresse
      Patrick LP

      Répondre

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