La Survivance

 

20151209_155945Jenny, Sils ainsi que Betty (la chienne) et Avanie (l’ânesse) sont expulsés de leur librairie. Le prochain refuge sera une maison ou plutôt une chose déglinguée à 1000 mètres d’altitude dans une partie sauvage du Parc des ballons des Vosges.

 

Le livre commence avec un départ et se termine de la même manière.

« Avanie, elle, savait qu’il faut toujours partir. Elle avait les longues oreilles de qui perd gagne. »

Les naufragés vont réapprendre le froid, la morsure des ronces et la brillances des étoiles.

brezouard

« Jamais je n’aurai imaginé qu’à presque soixante ans, nous serions obligés de recommencer à vivre, violemment. »

Il faut dire que ces quatre là sont soudés à la vie, à la mort. Et qu’ils sont, par choix, déjà un peu en-dehors. Jenny parle de Sils :

« Je l’avais aimé pour cet instinct qui lui faisait suivre un sentier qu’il avait l’air d’inventer à l’envers de ceux des autres et qui menait droit à l’issue, à la liberté. »

Sils parle à Jenny :

« Moi, si je ne pensais pas toutes les nuits que je vais crever, ça irait aussi. Dis-moi, Jenny, est-ce que tu es vraiment gaie au fond de toi-même? Ose dire que tu l’es! »

balon des vosges

Réparer le toit, déblayer la source, préparer le futur potager, couper le bois de chauffage, ressentir le froid ou voyager en regardant les nuages vermillon brillant (du cinabre d’après Sils).

Il y a aussi la magie des rencontres dans le magnifique livre de Claudie Hunzinger. Rencontre avec les peaux-rouges, comme les appelle Jenny. Le clan des grands cerfs. Rencontre avec la littérature et la peinture, avec les livres. Antonin Artaud, Hector Malot, Jules Renard, Maître Eckhart, T.C. McLuhan, mélange de Robinson suisse, Ermites dans la Taïga ou Étranger sur l’Aubrac. Il y a la tendresse qui remplace le sexe.

cerf

Et le monde entier fatigué à mort.

« Parfois, l’horizon s’allumait de lueurs comme d’éclairs ou d’incendies, très loin, tout autour de nous, dans la nuit qui tombait. On ne savait pas si c’étaient des orages, des révolutions ou des attentats. »

Alors les personnages se retire un peu, se cache beaucoup, parce que la vraie vie c’est aussi la neige comme un piège, la ramure des cerfs, le bleu des montagnes, l’arôme étourdissant du foin, les bruits dans la nuit, le chant d’un oiseau et quelque chose de féerique comme : J’aime Alice, donc Alice même … comme si tout le livre n’était qu’un écrin pour cette mystérieuse pépite.

Cranach

J’ai beaucoup aimé ce livre, car il y a un peu de moi entre les pages, et c’est la magie de certains livres que de vous laissez croire que vous l’aviez déjà, avant de l’ouvrir, un peu commencé dans votre tête.

Bien sûr, il ne s’agit pas de fuir, de se cacher au fond des bois (comme s’il en existaient encore sans chasseur), ni de revenir à la bougie (même si sa lumière dansante caresse ton corps avec tellement de douceur) juste un peu de vacances et de chaleur après une année pleine de fureur et de peur, de mort violente ou naturelle. Et pourtant, si je regarde bien, tout ce que j’ai vécu, grâce à vous, d’émouvant, de simple et de magique, me remplit de joie et de reconnaissance.

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