Mes plus belles rentrées sont celles que je n’ai jamais faites

20150831_123127Dans le livre de Yan Lianke, les rats sont encore plus présent que les loups, presque autant que le soleil brûlant. Je crois que c’était dans la ville de Lanzhou dans la province du Gansu. À même le trottoir, un homme bleu gris vendait des pièges à rats. Leur fabrication artisanale consistait en un ressort courbé en U qui se tendait brusquement quand l’animal attrapait l’appât coincé en son milieu. Ce ressort détendu, fixé par une corde à un éclat de brique écarlate, déformait la mâchoire des rats en un sourire hystérique. Le vendeur qui balançait le cobaye vivant, piégé, sous mon nez, avait un rire de sadique confirmé.

Les jours, les mois, les années, raconte le combat incroyable d’un vieil homme contre un soleil caniculaire, une horde de rats affamés, neuf loups aux yeux émeraude, le manque d’eau et de nourriture pour protéger et faire germer un seul épi de maïs. Un combat pour la vie qui va se terminer par la mort… puis la vie. Pour réaliser son projet cannibale, l’aïeul est porté par un espoir démesuré, une volonté obstinée mais surtout aidé par un vieux chien aveugle.
« L’aïeul dit, ça ne vaut pas la peine de pleurer. Il dit, une fois mort, je me réincarnerai en animal et je serai toi, et toi tu te réincarneras en homme et tu seras mon enfant, alors nous dépendrons l’un de l’autre comme avant »

les jours

Finalement le vieil homme, voulant influencer le destin, trichera en lançant dans un ciel pesant une pièce gravée sur ses deux faces. Pile ou face, la vie ou la mort, quelle importance… c’est exactement la même chose.

yan lianke

Chez moi, au Québec, le 31 août c’est le jour de rentrée scolaire. Mes plus belles rentrées sont celles que je n’ai jamais faites. La première fois à Grenoble. Je venais de quitter l’école définitivement. Il y avait de l’excitation et des cris stridents devant la primaire en avant de chez nous. Puis plus rien. Les enfants enfermés, les rues sont redevenus calmes, silencieuses et vides. Je baignais dans un brouillard de liberté parfumé, une odeur de délinquance. Comme un poulain qui s ‘éloigne du troupeau. La deuxième fois au Canyon Sainte Anne au dessus de Québec. La journée était parfaite. Les enfants, ils allaient commencer l’école maison, étaient libre comme le bleu du ciel. L’air doux comme les ocres des feuilles. Et ce sentiment merveilleux de faire ce qu’on a choisi de faire. Être là où on a choisi d’être.

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