Steinbeck et Sénèque

20141118_082618Est-ce les pages du livre de Steinbeck qui me réveille au milieu de la nuit ou une étincelle de vitalité. Tout le monde a son petit lopin de terre dans la tête. Mais y en a pas un qu’est foutu de le trouver. George et Lennie sont des journaliers qui vont de fermes en fermes fuyant les problèmes à la poursuite d’un rêve inaccessible. Une petite maison avec des lapins, un poêle en fonte tout rond, pour, en hiver bien au chaud regarder dehors la pluie tomber. C’est promis, c’est Lennie qui donnera à manger aux lapins.. Alors…

 « Comme il arrive parfois, les minutes s’attardèrent, durèrent bien plus que des minutes. Et tout bruit cessa, et tout mouvement cessa pendant quelques minutes beaucoup, beaucoup plus longues que des minutes » Quand la femme entre dans l’écurie ou Lennie pleure le chiot qu’il vient de tuer, le drame peut continuer car il ne s’est jamais arrêté. Et se rapprocher de la fin, une fin qui a l’odeur de la délivrance.

Parfois un livre ravive ce qui dort en moi. Comme une pierre jetée dans la rivière, un coup de bâton dans une fourmilière, comme un coup de pieds au cul qui surprend et réveille. L’écriture de Steinbeck est riche et dépouillée en même temps. Elle a sur moi un effet hypnotique, quelque chose de magnétique. Si dans son livre, Des souris et des hommes, c’est la fatalité qui est le moteur du monde, (ce roman a été écrit en 1936 dans un climat de gréve et de dépression économique), pour moi c’est plutôt de réaliser que aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir créer ma vie.

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C’est quoi la différence entre Nicolas Vannier, Jean Louis Étienne, Alexandra David Neil (ceux qui osent vivre leurs rêves) et ceux qui à force de se conformer aux règles de l’économie mondiale ressemble à des robots sans âme. « La condition de tous les gens occupés est malheureuse, mais la plus malheureuse est celle des hommes qui ne dépensent pas leur peine à leurs propres occupations, mais dorment au sommeil d’un autre, marchent au pas d’un autre et qui, pour aimer et haïr, les deux choses les plus libres du monde, obéissent à des ordres » écrit Sénèque. La différence, c’est de faire des choix au plus proche de son cœur et c’est d’entrer en action. Nous commençons tous à mourir à la naissance. Remplacer le mot mourir par transformer ou dire que la mort n’est qu’un passage, un autre voyage, n’y change rien. Je n’ai pour l’instant que cette vie et je ferais mieux d’être bien ici car il n’y a pas d’ici, là bas.

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Il ne s’agit pas d’être tous des aventuriers rebelles ou des écrivains célèbres. On a besoin de toi qui accompagne les mourants ou les nouveaux nés, de toi qui cultive la terre avec respect, de toi qui invente de nouvelles façons d’enseigner, de communiquer, de cuisiner et d’aimer. Ce que je veux dire, c’est que je cherche toujours à être au plus proche de ce que je suis vraiment… et être en action. Est-ce que j’y arrive? Vous me prenez pour Dieu le Père ou quoi! Je vais être franc. Oui j’y arrive parfois mais pas assez souvent, Ma place sur cette planète ne me semble pas encore bien défini. Je suis patient. L’important c’est d’oser, de transcender les peurs et de foncer. Sénèque disait, dans La brièveté de la vie « Non, nous n’avons pas trop peu de temps, mais nous en perdons beaucoup. Infime est la portion de vie que nous vivons ». Depuis des siècles et des siècles mille ans sont comme un jour.

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Je viens de passer 10 ans au Québec. Dix années qui s’évanouissent dans un claquement de doigts. Comme un claquement de fouet, dans un autre claquement de doigts, j’aurai soixante dix ans. La notion du temps est subjective, son appréhension personnelle, elle étonne ou elle effraie et tant pis pour Sénèque, moi je crie que la vie est courte. Je dois reconnaître pour être honnête que je suis trop las ou fainéant parfois pour organiser mes journées. L ‘espérance de vie a augmenté mais ça sert à quoi de survivre dans l’ennui et l’attente de la fin. Peut être que mon corps, si je me rend à cet âge avancé et périmé pour la société, va secréter tellement de mélatonine qu’elle en sortira de mon cerveau en dégoulinant par les yeux et le trou de mes narines et que je m’endormirai le soir saoul comme un ivrogne et je recommencerai de sombrer de la même façon plusieurs fois dans la journée. Mais pour l’instant c’est moi qui suis le capitaine du navire, malgré la hauteur des vagues, malgré leurs couleurs, malgré la fragilité et le sentiment d’être si petit comme au milieu de l’Atlantique avant d’arriver aux Açores.

Les personnages du roman de John Steinbeck sont terriblement attachant car même s’ils ne dévoilent rien de leurs sentiments, ils sont tous remplis d’humanité. Une humanité bien plus grande que la fatalité qui essaye de les broyer.

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