Avez vous besoin de sauver votre âme?

20141104_105735Si la mer ou le voyage vous appelle, allez vous résister?
Je ne connaissais des aventures de Bernard Moitessier, que cette décision fantastique de continuer son voyage au lieu de revenir en vainqueur de la première course en solitaire autour du monde (le Golden Globe Challenge de 1968/1969). «Je continue sans escale vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme»

Il y avait aussi l’histoire d’un autre concurrent, Donald Crowhurst, dont le bateau avait été retrouvé vide, à la dérive, qui avouait dans son carnet de bord, son imposture de n’avoir jamais quitté l’Atlantique… et son suicide. C’est probablement la «tactique» et la fin tragique de Donald Crowhurst qui m’avais le plus touché. Je n’avais pas encore lu «La longue route»

ber moitessier

C’est à Cabo San Luca, où Joshua, le bateau mythique de Bernard (qui faisait alors équipe avec Klaus Kinski), avait été couché sur la plage par un cyclone ou par «la colère de Dieu», que le capitaine du minuscule Lee’s Lady m’avait offert «The long Way». Nous avions longés les côtes de Baja California depuis San Diego aux USA et étions en route pour rejoindre, avant ce noël de 1991, Puerto Vallarta au Mexique. Je retrouvais dans ce livre les images et les sentiments qui font vibrer quand on est en pleine mer. Une certaine solitude, une communion avec la puissance des océans et l’immensité de l’univers. La lune qui protège et le soleil qui donne son show deux fois par jour. Le paysage toujours le même et pourtant toujours différent. Et le temps qui change de mesure. Il y a le vent et les vagues dans le récit de Bernard Moitessier, accompagné par les nuages et les dauphins.

DSC_0732

Photo Véronique Mérour

L’homme et la mer

Plus important, il y a l’homme qui se transforme au contact de la mer. «Le soleil se lève devant l’étrave et se couche dans le sillage, comme avant… Rien n’a changé… L’espace et le temps n’existent absolument plus, comme une sorte de satellisation, avec l’horizon qui est toujours là, éternel» Sous les étoiles, on devient forcement un peu philosophe, ou peut être seulement un peu plus… sage. Au trois quart de la course, en retrouvant l’Atlantique et la route toute tracée pour revenir à Plymouth (la ligne d’arrivée), Bernard écrit: «Partir de Plymouth pour revenir à Plymouth, c’est devenu au fil du temps comme partir de nulle part pour revenir nulle part… J’abandonne… mon instinct me dit que c’est la sagesse»* Dans ce livre, il y a le quotidien du marin, border les voiles, prendre un ris, mesurer sa position au sextant, choisir la meilleur route, penser à se faire à manger. Il y a les coups de vent en passant le cap Horn et deux fois celui de Bonne Espérance. Les coups de blues quand la fatigue et la mer viennent vous chercher, ou que la famille et les amis viennent à manquer. Alors une mouette se pose sur son genou pour lui raconter des histoires de marins. Un miracle ne peut naître que si les hommes le créent eux-mêmes. Et le voyage devient un poème, une histoire d’Amour entre le marin, son bateau et la mer. «C’est là, dans l’immense désert de l’Océan Austral, que je sens pleinement à quel point l’homme est à la fois un atome et un Dieu»

joshua

La sagesse et la révolte

«Je porte plainte contre le monde moderne, c’est lui le monstre» Joshua, avec un tour et demi du monde à la voile (69 367 Kilomètres en solitaire et sans toucher terre), arrive à Tahiti. L’homme a changé. Quand on a côtoyé l’immensité plus loin que les étoiles, on revient avec d’autres yeux. Il y a la colère et la révolte qui gronde car revenir chez les hommes quand on a vécu dans le désert… ça brasse et ça bouscule. Bernard va écrire son odyssée, monter un film (tourné pendant la longue route) et, dans les années 1980, l’utiliser pour faire passer plusieurs messages : planter des arbres fruitiers partout où c’est possible et prendre conscience que le désarment dans tous les pays est primordial.

Bernard Moitessier

Faire des choix, c’est créer sa vie

Bernard Moitessier termine son livre par un extrait de – À l’Est d’Eden – de Steinbeck.
Un verset de la bible avait été traduit dans l’édition américaine par: Domine le péché (ordre) et dans l’édition anglaise par: Tu dominera le péché (promesse). Lee, le
personnage chinois du roman, trouve le sens de ce verset si important qu’il va demander conseil à sa communauté, qui va, pendant 2 ans, apprendre et étudier l’hébreu pour en trouver le sens exacte puis le traduire par : Tu peux dominer le péché (choix). Le mot hébreu « timshel » -tu peux- laisse le choix. « C’est peu être le mot le plus important du monde. Il signifie que la route est ouverte. La responsabilité incombe à l’homme, car si -tu peux-, il est vrai aussi que -tu peux ne pas-, comprenez vous? »

La longue route est un livre de voyage à la recherche de votre île, à la recherche de vous-même.

*Quand on part pour un grand voyage, il est important, à un moment ou à un autre, de penser au retour, en tout cas de s’y préparer un peu. Pour certain d’entre nous, le retour est inconfortable. C‘est pour ça qu’on n’arrête pas tout à fait de voyager. Et qu’on a juste envie de repartir.

Est-ce une fuite ou une marche en avant ?
Donnez moi votre point de vue. Le retour est un moment important pour tout voyageurs et j‘aimerais savoir comment vous l’appréhendez.

 

2 réflexions au sujet de « Avez vous besoin de sauver votre âme? »

  1. Nouchka

    Pour moi, le voyage n’est pas une fuite….mais bien une marche en avant !
    On revient toujours différent d’un voyage ; il nous fait grandir c’est sûr et on devient forcément plus sage !..
    que l’on ait été en contact avec d’autres Êtres Humains ou avec l’immensité de la nature, comme dans un désert de sable ou d’océans.
    Le retour ? Pas facile, c’est certain ! Comment l’appréhender ?
    Ben, je pense qu’il faut travailler sur soi-même, intérieurement, pour se sentir bien PARTOUT, et faire rayonner sa Lumière autour de soi…n’importe où sur cette Planète !

    Répondre
    1. Chris

      Merci Nouchka
      Le voyage est une ouverture.
      Au retour on est plein de l’énergie de la rencontre, il faut continuer de travailler sur soi. En soi, agrandir notre lumière, chasser les peurs et les croyances inutiles. Chercher l’étincelle et allumer le feu.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *