Terre et cendres : Atiq Rahimi

 

20140831_125304Comme une trilogie qui s’installe aussi sauvagement qu’un vent aride et brûlant, voici un troisième livre qui chante le Moyen Orient et l’Afghanistan. Comme celui de Fabio Geda, il a traversé l’océan avec ma mère. Placé dans ces bagages entre une confiture d’orange amer et une crème de Gaulthérie pour les douleurs. Vous imaginez déjà où je veux en venir.

C’est l’histoire d’un vieil homme qui ne sais pas comment annoncer à son fils que sa famille a été anéantie.

Dans ce livre, il y a cette lumière particulière quand elle traverse la poussière, il y a l’écriture dépouillée qui va à l’essentiel. Il y a la difficulté de communiquer, la peur de ne pas être entendu :

« Parler ça ne suffit pas, mon frère, si on ne t’entend pas, ça ne sert à rien, c’est comme les larmes. »

Il y a le silence qui emplit l’espace et une question terrifiante qui hante le vieil homme et qu’il redoute d’entendre :

« Pourquoi est tu venu? »

Il y a la fatigue et la douleur qui font délirer, donnant vie aux cauchemars tourbillonnant dans la poussière du camion qui emmène le vieil homme vers une souffrance encore plus grande.

« La douleur, soit elle arrive à fondre et à s’écouler par les yeux, soit elle devient tranchante comme une lame et jaillit de la bouche, soit elle se transforme en bombe à l’intérieur, une bombe qui explose un beau jour et qui te fait exploser. »

Ce qui me touche et me bouscule dans le livre d’Atiq Rahimi c’est la capacité animale du vieil homme de se protéger d’une douleur si grande qu’aucun mot ne peux la définir. Bien sur, le temps va consoler la blessure mais pour l’instant le ressort est brisé. J’ai lu ce livre en écoutant la musique mélancolique des chansons d’Abed Azrié. Il y a des livres qui une fois terminés refusent de se refermer.

Né à Kaboul en 1962, Atiq Rahimi trouve l’asile politique en France en 1984. L’enfant du livre de Fabio Geda arrive en Italie en 2004. au moment où le premier long-métrage d’Atiq, Terre et cendres, coécrit avec un cinéaste iranien, obtient le prix Regard vers l’Avenir au Festival de Cannes. Il reçoit le prix Goncourt en 2008 pour son premier livre écrit en français Syngué sabour, Terre de patience. Il en réalise un film qui sort au cinéma en 2013.

 

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