L’orangeraie. Larry Tremblay

 

20140825_092442Est-ce que l’orangeraie est un livre de voyage? Il n’y a aucun nom de lieu, de village, juste l’odeur de menthe fraîche, celle des cèdres géants, des vaches aux cornes badigeonnées de rouge et une ceinture d’explosifs, des prénoms qui chantent comme une mélodie et un obus tuant des innocents à l’ombre des orangers, pour que vous en ayez, de toute façon, plus qu’assez pour situer cette tragédie… vous faire voyager et vous toucher au cœur.

C’est l’histoire de deux jumeaux qui deviennent des hommes trop tôt.
C’est l’histoire d’une mère vibrante d’amour et de courage pour défier la douleur des hommes.
C’est l’histoire d’un père noyé par la vengeance et le sacrifice imposé.

Alors pourquoi parler d’un livre habillé d’un manteau gorgé de larmes, de souffrance et de destruction absurde, un livre où la mort a le goût du paradis et de la délivrance.

C’est parce qu’il y a l’humanité d’une mère et que dans ce monde de fou c’est les femmes qui ont raison.

« Dieu! Écoute moi, j’ai deux fils. L’un est la main, l’autre le poing. L’un prend, l’autre donne. Un jour c’est l’un, un jour, c’est l’autre. Je t’en supplie je ne veux pas perdre les deux »

C’est parce qu’il y a la poésie. Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi, écrivait Jean Cocteau.

« La maison faisait du silence, comme les orangers faisaient de la lumière »

C’est parce qu’il y a l’espoir, si léger, que je n’ose respirer de peur de le voir s’envoler.

« Je te parle avec la Paix dans ma bouche, je te parle avec la Paix dans mes mots, dans mes phrases »

Nous avions été invité dans une famille vivant en haut d’une colline de terre jaune et sèche. Il y avait sur la meida du salon des boissons gazeuse, du thé et des biscuits. La famille accueillait l’homme de la maison qui revenait de prison. Assez d’années avaient passés et il n’avait pas vu ses enfants grandir. Enfermés dans le noir, les hommes étaient si nombreux dans la cellule, qu’ils devaient se relayer pour s’allonger et dormir sur le sol. À sa sortie, la lumière du soleil lui avait blessé les yeux. Il était là, silencieux, assis sur l’extrême bord du canapé, les bras immobile, le visage mangé par d’énorme lunettes noires. Son corps cassé avait la fragilité d’un ressort presque mort. C’était, je ne me souviens plus très bien, dans les années 1985. Ce que je me souviens, c’est que déjà à cette époque, les gens de ces régions trouvaient la situation trop… compliquée et que beaucoup étaient brisés. Malgré cela, il reste encore des femmes et des hommes qui osent parler de Paix.

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Il y a aussi dans le livre de Larry Tremblay, comme dans celui de Fabio Geda, le destin ou le malheur qui oblige des enfants à partir, pour rester en vie… et ensuite témoigner.

Larry Tremblay est né en 1954 à Chicoutimi (Québec) . Nourrit de théâtre et de Kathakali, ses œuvres sont traduites en une douzaines de langues. L’orangeraie est sorti en avril 2014.

 

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